10.02.2007
expérience Milgram
En une série d’expériences devenues célèbres, Stanley Milgram [1] a testé la capacité de l’individu à résister à l’autorité, lorsque celle-ci n’est soutenue par aucune menace coercitive extérieure. Dans le cadre d’une prétendue expérience scientifique, des volontaires « naïfs » ont été chargés par une « autorité scientifique » d’infliger une, série de chocs électriques simulés d’intensité croissante à un acteur/victime qui réagissait par une « voix de rétroaction » soigneusement programmée - une série, d’intensité croissante elle aussi, de plaintes, cris de douleur, appels à l’aide, silence fatal enfin. Dans l’expérience standard, les deux tiers des sujets furent « obéissants » au point d’infliger la douleur extrême.
Des variations introduites dans l’expérience ont produit des résultats significativement différents. Si l’acteur/victime était isolé de manière que sa réaction ne pût être vue ni entendue du sujet, l’obéissance de celui-ci était bien plus grande. Si le sujet voyait et entendait la soi-disant victime, l’acquiescement à l’extrême douleur tombait à 40 %. Si le sujet devait la toucher pour la forcer à poser sa main sur la plaque électrique censée envoyer les chocs, le taux d’obéissance tombait à 30 %. Si un personnage non investi de l’autorité donnait les ordres, l’obéissance était nulle. Si le sujet accomplissait une tâche accessoire, sans qu’il eût à infliger personnellement les chocs électriques, l’obéissance était presque totale. A l’inverse, si le sujet faisait partie d’un groupe d’acteurs qui mettait en scène un plan soigneusement monté de se rebeller contre l’autorité, la vaste majorité des sujets (90 %) se joignaient à « leur » groupe et cessaient également d’obéir. Si le niveau des chocs à administrer était laissé à la totale discrétion du sujet, tous, sauf une poignée de sadiques, infligeaient le choc minimal. Lorsqu’ils ne se trouvaient pas sous la surveillance directe du scientifique, beaucoup de sujets « trichaient » en envoyant des chocs de moindre intensité prévu, même s’ils se montraient par ailleurs incapables d’affronter l’autorité et d’abandonner l’expérience.
Comment expliquer un niveau aussi étonnamment élevé d’obéissance potentiellement meurtrière à une autorité coercitive ? Milgram a avancé une série de facteurs. Un préjugé évolutionniste privilégie la survie de gens capables de s’adapter à des situations hiérarchiques et à une activité sociale organisée. La socialisation par la famille, l’école et le service militaire, ainsi que tout un dispositif social de récompenses et de châtiments, fixent et renforcent la tendance à l’obéissance. L’entrée apparemment volontaire dans un système d’autorité « perçu » comme légitime produit un sentiment fort d’obligation.
[...] Les concepts de « loyauté, devoir, discipline » deviennent des impératifs moraux qui annihilent toute identification avec la victime. Des individus normaux se muent en simples « agents » de la volonté d’autrui. En un « état instrumental » de ce genre, ils ne se sentent plus personnellement responsables du contenu de leurs actions, mais uniquement de la manière dont ils les exécutent.[...]
Milgram met explicitement en parallèle les comportements révélés par son expérience et ceux qui se sont manifestés sous le régime nazi. « Les humains, conclut-il, sont menés au meurtre sans grande difficulté. » Il est toutefois conscient de tout ce que les deux situations de significativement différent. Il convient que les sujets de ses expériences étaient assurés qu’aucun dommage physique permanent ne résulterait de leurs actes. Les sujets eux-mêmes n’agissaient pas sous la menace. Enfin les acteurs/victimes ne faisaient pas l’objet d’une « dévaluation intense » à travers l’endoctrinement systématique des sujets. Les tueurs du Troisième Reich, eux, vivaient un État policier où les conséquences de la désobéissance risquaient d’être dramatiques, et ils étaient soumis à un endoctrinement intensif ; en revanche, ils savaient aussi qu’ils ne faisaient pas seulement souffrir, mais qu’ils détruisaient des vies humaines.
Notes
[1] Stanley Milgram : auteur de La soumission à l’autorité, éd. Calmann-Lévy, 1974.
15:10 Publié dans corpus dei | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : elixiria, soumission, autorité, destruction, autodestruction


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